Les films de Pixar sont tous excellents. Mais regarder trop de Pixar dans un court intervalle est-il bon pour la stabilité émotionnelle du spectateur ?

Un vol de huit bonnes heures en avion est toujours l’occasion d’un visionnage boulimique de films. Il est plutôt rare de s’y retrouver devant Casablanca ou Citizen Kane. À l’inverse, un vieux gros Die Hard fait toujours l’affaire. Pourquoi ? Parce qu’un bon film d’avion doit remplir quelques critères :

  • il doit être divertissant pour nous faire oublier qu’on flotte à 10km d’altitude et que c’est putain de flippant;
  • il doit être pauvre en dialogues car un bruit blanc de 80 décibels va regarder le film avec nous;
  • il doit être cousu de fil blanc car on sera fatalement interrompu, par la très bienvenue petite bouteille de Chardonnay, le plateau repas, ou les putains de turbulences qui baisseront inévitablement notre niveau d’attention jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse, etc.

Lors de mon dernier vol, accompagné de mon bébé de 18 mois et choisissant, en parent responsable, de me cantonner à la section Sky Kids1, j’optai pour le cocktail suivant :

  1. Inside Out. Déjà vu à sa sortie2, bons souvenirs, estimation du plaisir à le revoir : B+;
  2. Coco. Vu assez récemment, mais très joli, coloré donc estimation du plaisir à le revoir estimé à B;
  3. Daddy’s Home 2. Peu de souvenirs du premier opus mais Will Ferrell est toujours un choix sûr.

Conclusion du voyage : cette combinaison de films enchaînés sur un ventre qui, privé de petit-déjeuner, s’est prématurément rempli de Chardonnay est un mélange explosif. Je mets au défi quiconque de ne pas se transformer, au bout des 3 films, en petite madeleine pleurnicharde à la maturité émotionnelle défaillante. J’appellerai ce défi : The Pixar Movie Challenge !

Inside Out, que la boule se forme

inside-out

Dans Inside Out (Vice-versa en VF), Riley, une jeune pré-ado vit mal le déménagement de sa famille. Quittant le paisible Minnesota pour la folie urbaine de San Francisco, l’adaptation ne se fait pas. La morale de l’histoire est que sous son innocente joie de vivre apparente, le vrai moteur du cerveau de Riley est en réalité une tristesse abyssale. En chemin, l’ami imaginaire de la petite enfance de Riley se sacrifie en tombant (littéralement) dans l’oubli pour sauver sa joie de vivre ; Riley fait une fugue ; et tous ses souvenirs heureux se révèlent être des consolations de moments de tristesse.

On ne pleure pas encore, on reste des bonshommes, mais quand même, la boule se forme.

Coco, que la boule remonte

Avec Coco, on passe au cran au-dessus. L’histoire est quand même celle d’un enfant mourant qui cherche son arrière-arrière-grand-père — déjà mort, lui — mais qui risque de disparaître pour de bon du monde des morts car sa propre fille, elle-même mourante, est en train de l’oublier.

On est là à un niveau où même l’incorporation d’un chien idiot qui passe le film à tirer la langue n’arrive pas à contrecarrer la mécanique en place. La boule remonte la gorge, y croise le Chardonnay qui emprunte le chemin inverse. Bonshommes ou pas bonshommes, celui qui reste de marbre devant Coco devra assumer le diagnostic de syndrôme d’Asperger.

Daddy’s Home 2, que la boule devienne tsunami

Daddy’s Home 2 (Very Bad Dads 2 en VF) est un film qui, côté émotions et tristesse, est très très très loin des sommets atteints par les Pixar. Deux co-papas invitent leurs pères respectifs à passer Noël ensemble, récoltant au passage un très médiocre score de 19% à Rotten Tomatoes. C’est bien évidemment un scandale car il faut reconnaître un instant classic quand on en voit un, et ce film est une des comédies de Noël les plus marrantes depuis des lustres.

Mais avec le taux d’alcoolémie qui grimpe et la boule déjà bien remontée par 2 Pixar, on sent que ça vient, on pense qu’on va pouvoir se retenir mais non, on explose et on atteint un niveau de sous-merde pleurnicharde vertigineux quand tout le monde commence à dire qu’il s’aime, se fait un bon gros hug et chante du Sting & Bono, esprit de Noël aidant.

Conclusion

Bien évidemment, alors que mes glandes lacrymales carburaient à plein régime, l’inquiétude me gagnait : le vol avait-il provoqué chez moi une dépression nerveuse accélérée justifisant que je risque la déhydratation en regardant Mark Walhberg chantant le solo de Bono sur Do They Know It’s Christmas? ?

Mais je suis désormais rassuré à plus d’un titre :

Merci Internet !

  1. Ah ça, si les mecs étaient meilleurs en jeux de mots, ils bosseraient à Libé plutôt que pour une compagnie aérienne. 

  2. Visionner malin : un film déjà vu aide à faire sauter les critères pauvre en dialogues et cousu de fil blanc